Les Poèmes du Moulin

 

Revue n° 42 - 1er semestre 2011

Extraits
- 1 -
 

 

 

Passage du train
Max-Firmin LECLERC

Voie ferrée ...
Ballast extirpé

du règne minéral,
Traverses transpirantes

de créosote noire.

Rails conducteurs

de joie, de vie, de mort.

Sillon désertique

sur la plaine versicolore.

Et les herbes vivantes,

coquelicots et marguerites,
mélilots et bleuets,
amicales fleurs des champs
qui panachent les talus ...

Mugissement strident :

Le train monstrueux fonce
et dodeline

sa crinière de fumée blanche.

Les herbes se courbent :

Désir aiguillonné de partir,

de suivre ce train,

d'arracher leurs racines à la terre
qui les emprisonne ...

Au lointain, le tunnel

absorbe le serpent noir et l'étouffe ...

À nouveau, le silence,

Et les herbes qui se balancent

avec un petit air boudeur ...

 

22 Juillet 1950

(Extrait du recueil Le Cap des Trente, Éd. Plénitude, février 2011)

            

 

 

 
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Dessin de Richard BALLARD

                               

       

Andrée MARIK


 

rythme   course satellite
le temps se travestit
de noms de routine
passe en tapinois
défile en millésimes
 
la pierre ne connaît
ni amour ni saison
moi      prisonnière du temps
je tourne dans sa roue
condamnée à mort

                   _____
 

(Sans titre)

Andrée MARIK

 

merci à toi           langage
          des êtres et des choses
          mots criés mots sans voix
          aux ports de mon voyage
 
merci à toi           le temps
         qui prolonge mon rythme
         dans la paix des cicatrices
         et le bonheur d'aimer
 
merci à toi         lumière
            souveraine où s'éclate la vie
            MA VIE 
 

 

Robert GELIS

 

J'étais ruisseau muet
charriant des feuilles mortes,
me voici fleuve sauvage
hurlant à l'assaut des digues ;
 
J'étais cigarette à-demi consumée,
dégoulinant de cendres,
me voici incendie
ravageant les garrigues ;
 
J'étais guitare désaccordée,
humiliée de moisissures,
me voici orchestre
soumis aux hymnes ;
 
J'étais ride éphémère
sur une flaque trouble,
me voici vague éclatée
qui bouscule les dunes ;
 
J'étais germe transi
dans mon gland de solitude,
me voici chêne géant
peuplé d'oiseaux nicheurs ;
 
J'étais plume au gré du vent,
me voici colombe,
                        sur Ton épaule. 

       Jean-Bernard PAPI

          
 

Monde de beauté

le pinceau le plus fin sur la ligne d’horizon
trois dentelles suspendues
trois arbres dépouillés
une ombre de nuage, un frisson
vient dévorer un soleil d’or fondu
 
Plus près encore monde de beauté
l’eau sur les galets
un reste de neige grand comme une main
trois scarabées qui viennent y boire
 
Monde de beauté
mon regard tout entier
te détermine, te crée
Hélas ! je suis un Dieu sans gloire
que nul ne reconnaît.
 
Monde d’éternité
et pourtant je pleure
il manque, il manque
je ne sais, un rien

mais quoi ?
 
 
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